Compte rendu de l’audience du SNASEN UNSA avec le Ministre de l’Éducation nationale

Service social en faveur des élèves et des personnels

Nous avons été reçues en audience le jeudi 12 mars 2026 par Edouard Geffray, Ministre de l’Éducation nationale, entourés de Marjorie Koubi (conseillère en charge du dialogue social et des ressources humaines), Caroline Pascal (Directrice de la Dgesco) et Jean-François Bonasso (Conseiller chargé de l’école inclusive, de la santé psychique et physique et du sport).

L’objectif de cette rencontre demandée par notre syndicat était d’échanger sur la place du service social, les politiques de protection de l’enfance et les conditions de travail des AS et des CTSS.

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En introduction, le ministre a exposé sa vision à long terme, soulignant une baisse démographique de 2 millions d’élèves sur les 15 prochaines années. Pour lui, il y aura forcément une diminution du nombre d’enseignants et ce changement devrait permettre de renforcer les métiers de l’accompagnement (AS, infirmières, psychologues) pour répondre à une dégradation croissante de la santé mentale et sociale des élèves.

De notre côté, nous avons exposé nos priorités et remis un dossier étayé détaillant nos vives interrogations sur l’actualité ministérielle et sur les conditions de travail. Cette rencontre d’une heure quinze s’est déroulée dans une atmosphère détendue et constructive, permettant d’être entendus sur plusieurs dossiers clés. Toutefois, le format contraint n’a pas permis d’approfondir certains sujets sensibles, sur lesquels le ministre s’est contenté de réponses plus convenues.

1. Protection de l’enfance : des orientations qui interrogent

Le SNASEN-UNSA a rappelé son attachement à l’école comme « lieu de sécurité absolue », tout en alertant sur la saturation du système et la confusion croissante entre procédures pénales (Art. 40) et protection de l’enfance. Nous craignons une judiciarisation excessive au détriment de l’évaluation sociale.

La réponse du Ministre : Tout en reconnaissant l’expertise incontournable des ASS, le ministre a précisé que la protection de l’enfance est une « responsabilité collective » et doit être « l’affaire de tous » au sein de l’institution.

Défenseur des droits de l’enfant : Concernant la création de ce poste (adjoint à la médiatrice), le ministre précise qu’il ne traitera pas les situations individuelles mais veillera au déblocage des procédures.

Plateforme 119 : Nous avons rappelé nos réserves juridiques sur la levée d’anonymat pour transmission à l’Éducation nationale.

Circulaire « enfance protégée » : Le ministre s’est engagé à être attentif aux formulations de la circulaire pour éviter les interprétations et garantir l’association systématique des assistants sociaux.

2. Conditions de travail : l’urgence de la reconnaissance

Nous avons dénoncé la dégradation alarmante des conditions de travail (augmentation de la charge mentale, pressions institutionnelles, augmentation des arrêts maladie, non-respect des mi-temps thérapeutique, l’augmentation des demandes d’accidents de service et de maladies professionnelles).

Au préalable, nous avons indiqué que nous n’étions pas assez d’AS et de CTSS pour assurer l’accompagnement des élèves et des personnels.

Moyens (100 postes) pour le SSFE : Le ministre refuse le « saupoudrage ».  Il nous a confirmé que sur ces 100 postes, 21 postes seront fléchés sur les établissements dits « en situation aberrante » pour créer des équipes complètes (AS, INF, PSY) à temps plein. Son objectif étant de tester l’efficacité d’une équipe médico-sociale à temps complet ce qui selon lui à terme devrait être la règle. Le SNASEN-UNSA prend note du choix d’une AS à temps complet par établissement et aimerait que chaque collègue puisse être dans la même configuration. Nous avons interpellé le ministre sur le fait que, alors même que des créations de postes sont prévues, plusieurs académies ne disposent pourtant d’aucun concours ouvert pour permettre leur recrutement. Notre syndicat a alerté sur les risques d’injustice territoriale et de report de charge sur les autres collègues. . Nous avons également insisté sur les difficultés que rencontreront les CTD pour organiser et gérer leur équipe et sur la constitution des secteurs alors qu’à ce jour la répartition des postes n’est pas encore actée. Ainsi, nous avons demandé que la répartition des 100 nouveaux postes se fasse dans les plus brefs délais.

Ainsi, suite à notre inquiétude et notre insistance, le ministre nous a indiqué qu’il présenterait dans les prochains jours au Conseil Social d’Administration Ministériel le  la répartition des postes crées.

  • Revendications salariales :

Nous voulons une grille indiciaire digne d’une catégorie A.

Sur l’IFSE, le CTI et la grille indiciaire, le ministre renvoie aux arbitrages interministériels.

  • Frais de déplacement :

Nous avons dénoncé les retards importants dans certaines académies. Le ministre a jugé les retards de remboursement « inadmissibles » et adressera une note de cadrage aux recteurs. Nous lui avons indiqué que l’enveloppe des frais de déplacements diminuait. Ainsi, comment seront remboursés les 100 nouveaux/nouvelles collègues qui seront recruté.e.s ?

  • Non-respect des mi-temps thérapeutiques (MTT) :

La charge de travail n’est pas diminuée. Le Ministre souhaite qu’on transmette le nom des collègues et des DSDEN concernés afin de faire le rappel du cadre législatif avec la nécessité de diminuer la charge de travail.

  • Epuisement professionnel et ses conséquences :

Nous avons de nombreux échanges et liaisons téléphoniques sur la santé de nos collègues qui sont de plus en plus en épuisement professionnel et ne se sentent pas reconnues. Nous avons beaucoup de demandes sur les différentes procédures relatives au détachement, démission ou disponibilité pour convenances personnelles et différents congés maladies Nous avons fait part de notre inquiétude sur la dégradation des conditions de travail de nos collègues avec des pertes de compétences qui s’en vont ailleurs et des risques importants sur la santé.

Nous avons sollicité le Ministre pour que l’analyse de la pratique professionnelle soit accessible à toutes/tous sur le territoire : réponse favorable du Ministre mais rien n’a été acté.

Conclusion

Le SNASEN-UNSA a réaffirmé :

– que les AS et CTSS sont les pivots de la protection de l’enfance à l’éducation nationale et que cela exige des moyens humains (augmentation du nombre d’AS et de CTSS) et matériels (frais de déplacements remboursés, bureau dédié, accès internet dans tous les EPLE,..),

– qu’une grille indiciaire digne d’une catégorie A était attendue ainsi que de meilleures conditions de travail pour les collègues des SSFE et des SSP.

Si nous actons la qualité de l’écoute et la courtoisie de cet échange, le SNASEN-UNSA reste lucide : derrière un discours volontairement direct, nous n’oublions pas le caractère très incertain des ambitions affichées. À un an d’échéances électorales majeures, les projets à long terme et les promesses de renforcement des effectifs sur 15 ans ne sauraient masquer l’instabilité politique actuelle.

La reconnaissance de notre expertise par le ministre ne suffit pas ; elle doit se traduire par des actes immédiats. Nous ne pouvons pas nous contenter de perspectives lointaines dont la réalisation dépendra d’arbitrages futurs et de successions ministérielles hypothétiques. La « responsabilité collective » évoquée ne doit en aucun cas servir de paravent à une dilution de nos missions.

Le SNASEN-UNSA ne se contentera pas de promesses de transition :

« Nous veillerons que les deux actions (frais de déplacements, mi-temps thérapeutiques) proposées par le Ministre soient bien effectives. Pour le reste, nous restons mobilisées au quotidien. »

Vous pouvez joindre nos correspondants locaux snasen unsa sur l’ensemble de ces sujets. Rejoignez-nous: ensemble, nous sommes plus forts!

Le SNASEN UNSA reçu par le Ministre de l’Education nationale suite à sa demande d’audience