Audition du Ministre de l’éducation nationale devant la délégation aux droits de l’enfant

Lors de son audition devant la délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale mardi 10 février 2026, le ministre de l’Éducation nationale a réaffirmé que l’école ne pouvait se limiter à sa mission d’instruction et devait garantir une protection effective des élèves, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses murs. Il a présenté plusieurs orientations : harmonisation des procédures de signalement, amélioration du suivi des élèves confiés à l’ASE, renforcement progressif des personnels sociaux et de santé, évolution du traitement des situations de harcèlement, réflexion sur une articulation entre le 119 et l’Éducation nationale.

Des annonces qui vont dans le bon sens… mais insuffisantes

Le SNASEN-UNSA salue l’annonce d’augmentations progressives des postes de personnels sociaux, de santé et de PsyEN. La reconnaissance du rôle central de ces professionnels dans la protection de l’enfance constitue un signal positif.

Pour autant, l’effort annoncé reste en deçà des besoins réels du terrain.

Nous constatons que :

  • certaines académies n’ont ouvert aucun concours cette année, ce qui contredit l’affichage d’une montée en puissance des effectifs ;
  • le concours d’assistant de service social n’est pas, en soi, un concours « déserté » : il existe encore un nombre significatif de candidats ;
  • les difficultés de recrutement relèvent donc moins d’un manque de vocation que de problèmes d’attractivité structurels.

La réalité est connue : surcharge de travail chronique, amplitude des secteurs, complexification des missions, responsabilités accrues en matière de protection de l’enfance, rémunérations peu attractives et perspectives de carrière limitées. Ce sont ces facteurs qui fragilisent les équipes et découragent les candidats. Tant que ces leviers ne seront pas traités de manière ambitieuse, les créations de postes resteront insuffisantes pour répondre aux besoins.

Protection de l’enfance : nécessité d’une véritable concertation

Le ministre a insisté sur le rôle majeur de l’Éducation nationale dans l’émission des informations préoccupantes et des signalements judiciaires. Les chiffres en hausse traduisent une mobilisation accrue des professionnels, mais aussi une intensification des situations complexes rencontrées.

Le SNASEN-UNSA rappelle que cette responsabilité croissante exige :

  • des moyens humains adaptés,
  • des formations renforcées,
  • un cadre juridique clair,
  • et une sécurisation des pratiques professionnelles.

Nous réaffirmons qu’en matière de protection de l’enfance, les organisations représentatives des personnels doivent être associées en amont des textes structurants. La publication de la circulaire relative aux enfants protégés a montré les limites d’une concertation tardive. Sur des sujets aussi sensibles, la méthode est aussi importante que le contenu : les professionnels de terrain doivent pouvoir contribuer à l’élaboration des dispositifs, et non être consultés à la dernière minute.

Plateforme « enfants en danger » : vigilance sur le cadre juridique

Concernant la plateforme « enfants en danger » , le ministre a indiqué vouloir s’inspirer du modèle mis en place pour le 3018 : lorsqu’un élève appelle  le 119 pour signaler des violences subies à l’école, et s’il accepte explicitement la levée de son anonymat, l’information pourrait être transmise à l’Éducation nationale afin de permettre une intervention rapide.

Comme le snasen unsa l’avait déjà alerté, cette évolution soulève des enjeux juridiques majeurs Le ministre reconnaît lui-même que le cadre est plus complexe que pour le 3018.

Défenseur des droits des enfants : une position inchangée

S’agissant du défenseur des droits des enfants placé auprès de la médiation de l’Éducation nationale, le ministre a présenté ce dispositif comme un outil de proximité pour les familles.

Le SNASEN-UNSA considère que les interrogations formulées dans notre communiqué de presse restent pleinement d’actualité. La création de nouvelles instances ne peut se substituer :

  • ni au renforcement des équipes de terrain,
  • ni à un traitement structurel des difficultés rencontrées dans les établissements.

La multiplication des niveaux d’intervention ne doit pas complexifier davantage les circuits existants ni affaiblir les missions des professionnels déjà engagés dans la protection des élèves.

Pour une ambition à la hauteur des enjeux

L’école est effectivement un acteur central de la protection de l’enfance. Mais cette ambition ne peut reposer sur des équipes déjà en tension permanente.

Le SNASEN-UNSA continuera à porter :

  • une augmentation significative des postes réellement ouverts et pourvus,
  • une amélioration concrète des conditions de travail,
  • une revalorisation salariale permettant de restaurer l’attractivité,
  • une concertation réelle et anticipée sur les textes structurants,
  • et une sécurisation juridique des pratiques professionnelles.

La protection des enfants exige des engagements clairs, durables et concertés. Les personnels sociaux de l’Éducation nationale sont prêts à assumer pleinement leurs missions, à condition que les moyens et la reconnaissance suivent.

Audition du Ministre de l’éducation nationale devant la délégation aux droits de l’enfant